« Je suis allongée à plat ventre, de tout mon long, la tête contre mes bras tendus et pendants dans le vide. Le lit sur lequel je suis étallée est on ne peut plus horrizontal et j'ai pourtant la sensation atroce de couler, glisser dans le vide sur une pente à 90°. Ma force a quitté mon corps depuis le début, comme à chaque fois et je suis dans l'incapacité totale de remuer ne serait-ce qu'une paupière. De toute façon je sais pertinemment que ce n'est qu'une impression, j'ai suffisament de lucidité pour avoir encore conscience d'une telle évidence. Alors je m'enfonce dans un néant illusoir en pensant. A ceux que j'ai aimé, apprécié, cottoyé. Je vois leurs visages d'avant, tristement statiques, comme sur une photo usée par les années qui ont transformé leur apparence et leur façon de faire. Je me dis qu'eux, ne m'aiment pas, ne m'aiment plus. M'ont-ils aimé un jour ? Ca me fend le coeur alors que ça ne m'effleure même pas l'esprit, en temps normal. Et je vois ceux que j'aime. Ceux qui sont loin, qui me manquent. Ceux qui n'approuvent pas ce que je fais, qui me font culpabiliser inconsciemment. Je pense à ce qui laisse un vide indéniable dans mon existence. Et à ceux qui ne pensent pas à moi, qui dorment tranquillement pendant que je m'enfonce dans mes idées noires au sens figuré du terme comme au propre, si l'on puit dire. Je pense trop, mal. Je ne devrais pas. Ma vie est épouventable vue comme ça. Je pleurerais bien à chaudes larmes, mais même la force nécessaire pour sanglotter je ne l'ai pas. Alors je coule dans les larmes imaginaires que je ne sais plus pleurer.
Je n'ai pas cette petite musique dans la tête que seuls ceux qui l'ont fait connaissent par coeur qui résonnait encore il y a une dizaine de minutes. Je ne vois pas pas ces formes bizzares et circulaires qui clignotent, se répètent, s'accélèrent sur le rythme de la musique qui s'accélère elle aussi. C'est nouveau, étrange et abominable. J'en serai probablement dépressive, à long terme.
Puis je trouve le courage de relever la tête, d'ouvrir les yeux, même si cela représente un effort considérable. Et mes idées sinistres s'évaporent, ne laissant qu'une fumée funeste de vérité dans mon esprit, suffisament réduite pour que j'en fasse abstraction.
Fin du bad trip, si c'en était un. »