Peut-être que je suis naïve, oui.
Je n'ai pourtant pas la sensation de regarder le monde avec les yeux d'une petite fille de huit ans. La vie n'est pas rose, sucrée, douce et acidulée comme les sucettes à la fraise et je le sais. Et j'aimerai ne pas voir, ne pas entendre, faire abstraction de ces guerres, ces disputes, ces combats, ces attentats, ces pertes de temps, ces pertes d'argent, ces amours déçus, perdus, les virus, les maladies, les fins de vie. Je préfèrerai ne pas voir l'existence que l'on mène, futile, inutile, dirigée par la société minable que l'on a mis des millénaires à construire. Nous sommes de pauvres êtres humains, empreints de petits malheurs et de grands tourments. On ne sait plus vivre, apprécier les choses simples. Nous sommes blasés de tout et il nous faudra toujours plus pour nous réjouir. On s'invente des besoins fictifs, on ferme les yeux sur les choses plus importantes.
Nous sommes, de toute façon, six milliards et demi d'impuissants.
Nous sommes six milliards et demi de cons.
Peut-être que je suis naïve, oui.
Car je parviens à déceler quelque chose de bon dans toutes les choses de ce monde et dans chacun d'entre nous. Je suis persuadée que tout ce que l'on vit vaut la peine d'être vécu. Nous avons besoin de tout et de son contraire pour nous créer un équilibre. Si nous étions entourés que de gentilles personnes pourvues de qualités immenses et de bons sentiments, la vie ne serait pas plus rose, sucrée, douce ou acidulée. On n'apprécierait pas plus notre existence car tout serait plat, insipide et lassant. On a besoin de la guerre pour connaître la paix, du malheur pour avoir une notion du bonheur... Quelle valeur aurait la vie si nous étions éternels ?
Il en va donc de même pour ce que nous sommes, nous les quelques six milliards d'impuissants, les quelques six milliards de cons. Nous avons nos qualités, nos défauts, nous ne sommes ni foncièrement bon, ni foncièrement mauvais. Je suis certaine qu'il y a quelque chose de bien dans chacun d'entre nous. Les méchants n'existent que dans les séries américaines, pour simplifier les choses. Et l'on a bien souvent tendance à vouloir tout simplifier, nous aussi, à tord.
Peut-être que je suis naïve, oui.
Ou peut-être que j'aurai du vivre dans les seventies, être une hippy peace and love et fumer de la marijuana à longueur de journée.
Je ne sais pas...